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L'Agenda de Yann Minh

Du 11/02 au 17/02

Yann Minh est un nøønaute, un explorateur au long cours qui navigue sur les océans informationnels depuis plus de 30 ans avec les multiples "NøøDividus", des avatars seulement visibles dans le cyberespace qui composent son identité et l’accompagnent à chaque instant. D'un monde à l'autre, voici sa semaine.
Le Scanner. Infographie 1995-97 extraite du court-métrage de création Haime
 

Lundi 11 février • Repas-débats explo-éro-sifs

13h : Déjeuner du Lundi.

C’est un repas hebdomadaire vieux de plus de cinquante ans auquel je participe de temps en temps in RL (Real life) où les NøøCapitaines au long cours, auteurs et éditeurs professionnels de la littérature de SF se retrouvent dans un restaurant relativement confidentiel, situé dans le quartier traditionnel des éditeurs littéraires, près de la rue des Cannettes à Saint Sulpice, afin d’y échanger et spéculer le futur des évolutions sociales et scientifiques. Comme les vieux nøønautes ont du caractère et des convictions affirmées, ils ont le verbe haut, et les débats sont souvent explosifs...

19h : Repas Usbek & Rica.

Je vais accoster mon NøøMuseum, pour une escale au comptoir de La Classe, dans le cadre d’une croisière repas affrétée par Usbek & Rica, durant laquelle je piloterai les nøøVoyageurs embarqués dans les méandres de l’histoire du cybersexe. Je serai secondé par l’égrégore numérique Dyl Alter qui est une de mes multiples NøøDividualites ; une créature informationnelle qui s’est enrichie et complexifiée au fil de mes créations. C’est en particulier le personnage principal de mon roman Thanatos, Les Récifs, une femme guerrière archétypale, qui, par transmigration massse médiatique s’est « immatérialisée » dans le métaverse de Second Life... Je raconterai son histoire lors de ce repas, ainsi que d’autres aventures de grands voyageurs noosphériques autour de la sexualité des avatars, du gender-binding, du cybersexe et de la teledildonique... (inscriptions obligatoires à : contact@usbek-et-rica.fr)

Photo du premier diner de la cyberculture (souris haptique, veste haptique, casque binaural)
 

Mardi 12 février • Je ne vais pas Fluncher

15h : Rendez-vous dans mon nøøscaphe à Clichy.

Je retrouve Pierre Berloquin pour son projet Time City revival, qui est la réactualisation d’une borne de jeu interactive créé par Pierre en 1984 et 85, présentée à Beaubourg pendant 3 semaine sur 4 postes – et nous sommes en train de la reconstituer en 3D temps réel avec Unity. Cette création, qui était le premier univers persistant en fonction, est une étape dans l’exploration des codes par Pierre Berloquin. Elle a aboutit récemment à l’écriture et édition d’un livre paru à New-York puis à Paris et dont la nouvelle édition sort au Seuil ce mois-ci : Code, la grande aventure. Livre papier auquel il m’a demandé de contribuer avec quelques snapshots de mes avatars dans Second Life. C’est un livre passionnant, où j’ai entre autre découvert que Picasso et Braque avaient oeuvré pour exclure le Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp d’une exposition cubiste, ne le jugeant pas digne de leur mouvement... Cool les artistes  :-)

19h : Les Repas Ufologiques.

Je n’irai pas au rendez-vous des amateurs de soucoupes volantes et autres mystères ovnis qui réunit parfois plus de 200 convives dans le Flunch de la Défense, d’une part parce que de toutes façons comme ce rendez-vous se passe tous les premiers mardi du mois (c'était donc la semaine dernière...) et d'autre part, ce mardi précisément, je dois m’occuper du repas mensuel que j’ai initié autour de la cyberculture : Les dîners de la cyberculture.

20h : Les dîners de la cyberculture.

C’est un rendez-vous mensuel qui regroupe tous les deuxièmes mardis du mois les NøøExplorateurs de la cyberculture. Ils partagent autour d’un repas leurs souvenirs de voyages et d’aventures cyberspatiales dans les nouveaux territoires numériques. Le nombre de convives varie entre quatre ou quarante au très grand maximum et c’est l’occasion pour nous d’expérimenter des dispositifs novateurs, ou de partager des informations relatives aux évolutions scientifiques et techniques de notre modernité. (Rendez-vous vers 20h au 23 avenue Victoria, à côté du Dernier Bar Avant La fin du monde).

Les dîners de la cyberculture font partie des rendez-vous mensuels fréquentés par les nøøscaphandriers amateurs d’immersions en grandes nøøprofondeurs. Parmi ces rendez-vous, les Mercredis de la Science-Fiction réunissent depuis plusieurs années les afficionados du genre dans un restaurant près du Châtelet, où ils débattent des derniers festivals, parutions, cosplay, conventions, et autres nøøcérémonies.

Un bijou serpent qui s'enroule virtuellement
 

Mercredi 13 février • Technicien de surface numérique

2h du matin : Rendez-vous de travail cyberspatial avec le Japon.

Je vis surtout la nuit, ce qui est pratique car ça me permet d’être relativement synchro avec les horaires des autres continents de la planète. En fait, mon cycle circadien naturel est de 26h et non pas 24h, ce qui fait que je me décale progressivement. Parfois je suis synchrone avec les Parisiens, mais la plupart du temps je suis plutôt synchrone avec San Francisco.

Un de mes employeurs régulier est Nicolas Loeillot de la société LM3Labs installée à Tokyo, et spécialisée dans les dispositifs de réalité augmentée interactifs pour l’événementiel du luxe. Cette nuit, j’ai rendez-vous avec lui via Google+ Hangout à 2h du matin ce qui correspond à 10h du matin à Tokyo. J’ai modélisé en 3D la semaine dernière un bijou en forme de serpent pour un de ses dispositifs de réalité augmenté inauguré pendant le nouvel an chinois – où les jeunes Japonais(e)s peuvent voir le bijou s’enrouler en virtuel autour de leur bras. Nicolas voudrait me parler d’une opération de « réduction de polygones » de modèles 3D complexes, pour un dispositif sur Ipad destiné aux magasins japonais d’un industriel du luxe français. Je suis vraiment dans un monde de science-fiction, car je vais donc être payé pour nettoyer les polygones excédentaires dans des objets virtuels. J’aime bien cette idée d’être un technicien de surface numérique.

21h30 : Rendez-vous hebdomadaires dématérialisés.

Les NøøNautes étant aussi des NøøMades voyageant entre l’immatériel et le matériel, ce mercredi je vais participer sous forme de cyborg de pixel au rendez-vous mensuel des avatars de la Francogrid sur la sim de la « Réunion » pour discuter dans l’impermanence des mondes persistants, des évolutions des différents projets d’architecture, de créations et d’interactions pédagogiques au sein du métaverse des øpensims. Les øpensims sont l’équivalent de Second Life, mais sous forme de grille cyberspatiale mondiale et indépendante, construite par les utilisateurs à travers le monde et hébergée par un réseau personnel de serveurs connectés ensemble par ce qu’on appelle l’Hypergrid, ce qui permet aux avatars de voyager entre les øpen-sims de différents pays. (Ici pour connecter son avatar sur la francogrid.)

Viiii... je sais, là je parle total Geek. C’était déja pas facile, mais là on ne comprends rien... !!!

Mais ce n’est pas grave. Il n’y a qu’à se dire que c’est la poésie de la cyberculture. Cet ésotérisme technoïde contribue à renforcer mon impression jubilatoire de vivre en grandeur réelle les romans de SF de mon enfance, comme Face aux feux du soleil d’Isaac Asimov, ou Neuromancien de William Gibson.

Silvie Mexico, CyberSeXploratrice aux commandes du NøøScaphe (Photo Yann Minh)
 

Jeudi14 février • Pilotages et sexualités

14h : Formation de NøøArchitectes.

Tous les jeudis après-midi, je donne mon cours en grandeur réelle de pilotage de NøøScaphe pour un groupe de cinq NøøMoussaillons dans le NøøCroiseur de l’Ecole Superieure d’Art et Technologie (ESAT), Place de Clichy. Mes élèves NøøOfficiers préparent la réalisation de cinq bases cyberspatiales hypermedia en web3d temps réel qui seront accessibles en ligne et en version stand alone sur nøøscaphes Mac et PC. Leurs travaux seront également visibles pendant les journées portes ouvertes de l’école les 4, 5 et 6 avril.

20h : Rendez vous cyberesthésique.

Je retrouve Silvie Mexico pour mettre au point avec elle un dispositif d’interaction haptique pour notre groupe d’art numérique Cyberesthésie. Avec Cyberesthésie nous développons des performances permettant d’explorer les interactions sensuelles entre le corps et le cyberespace. En particulier, c’est avec Silvie que nous avions conçu une performance à la Border Line Biennale de la Demeure du Chaos : Extase télépathique où je téléopérais ses orgasmes par la pensée, grâce à une interface neurale directe de type MindWave Neurosky. J’ai forgé le néologisme de Cyberesthésie pour décrire la capacité de notre système cognitif à se projeter par une sorte d’empathie spéciale, sur un dispositif ou une machine, comme une voiture. J’avais rédigé un article sur le sujet pour un colloque organisé par le chercheur Bernard Andrieu à la Gaité Lyrique dans le cadre de l’observatoire Nivéa (le texte est , j'en avais aussi relaté le déroulement dans mes NooChroniques Marsiennes).

Pendant que j'y pense, Silvie présentera le 22 février à 21h 15 dans l’øpen sim de la francogrid les résultats de son enquête : « Sexualité et synesthésie : nos orgasmes dans tous les sens. »

Cours de dessin de Philippe Jozelon à Orsay (Photo Yann Minh)
 

Vendredi15 février • Crayon et carnet de croquis

14h30 : Musée d'Orsay.

Retour aux sources NøøSphériques, je participe aux cours de dessins improvisés au Musée d’Orsay par mon vieux camarade nøøcapitaine et compagnon de route : Philippe Jozelon dont les jeunes élèves, comme Celia, alias FrogKeinstein, m’évoquent des avatars de Second Life incarnées dans notre « réalité » biologique. (Phénomène de NøøMimétisme qui semble irriter le papa du cyberespace, William Gibson.) Le crayon et le carnet de croquis sont des dispositifs d’exploration nøøsphériques anciens, et il me paraît important de conserver un lien, et une pratique de ces nøøscaphes traditionnels, surtout dans les coursives du musée d’Orsay qui est un immense navire informationnel hanté de nøøentités mémétiques anciennes d’inspiration puissantes, dont je favorise la NøøContamination métaphysique en utilisant les techniques de dessin traditionnelles. Rien de plus efficace et économique comme vecteur de pénétration cognitive que le croquis d’après nature d’une nøøentité au crayon à papier. La mémétique est la science des mèmes, inventée par le généticien américain Richard Dawkins, où les idées et les concepts sont vus comme des entités vivantes se servant des humains pour se propager et se reproduire. L’écrivain de SF Philip K. Dick appelait les mèmes des « Plasmes » dans son roman SIVA.

19h : Rédaction pour le Journal du Cube.

Après avoir écrit deux articles pour la revue du Cube – De l’empathie à la cyberesthesie et La Transubstantiation d’Utopia – je dois terminer la rédaction d’une petite nouvelle de SF sur le thème : « Après l’humain », qui s’incrira sans doute dans la Cosmogonie des Récifs et de mon autre nouvelle Égrégore 2050 éditée dans le magazine de SF Galaxie en 2012 (et dont le texte en PDF est ici).

NooEgregore 2050 par Yann Minh
 

Samedi 16 février • Dans mon donjon

20h : Paris-munch.

Rendez-vous au restaurant Le Couvent dans le 13ème avec l’artiste performeuse Mélanie Legrand – artiste associée à Eroscticratie – pour discuter de mon éventuelle participation à l'édition parisienne du festival Xplore et de la possibilité de pouvoir y initier le public au cybersexe sans passer par un dispositif technique. Je suis un peu réticent au concept car c’est un peu comme si on me demandait d’initier des gens aux plaisirs de la conduite automobile uniquement en la leur décrivant... Mais sans le pratiquer... Mais bon... Je peux jouer les NøøConteurs : les mots ont un pouvoir extraordinaire qui peut donner l’illusion qu’on sait ce qu’est une initiation chamanique parce qu’on a lu Castaneda... Ça m’évoque le fameux aphorisme du père de la sémantique général Korzinbsky : « La carte n’est pas le territoire... ». Je pense que je vais plutôt lui proposer d’héberger une version dématérialisée du festival dans mon NøøDonjon sur ma Sim de Cimarac dans Second Life et d’y diriger des ateliers. Ainsi les internautes auront la possibilité de s’initier au plaisirs du cybersexe via avatar en vrai grandeur « virtuelle ».

Bref, ce restaurant est le lieu de rendez-vous des munchs parisiennes, un repas mensuel d’aventuriers du BDSM, acronyme de quatre lettres pour six mots : Bondage, Discipline, Domination, Soumission, Sadisme, Masochisme. Le mot « Munch » est né d’une rencontre dans un restaurant de San Francisco des utilisateurs du news-group usenet alternatif alt.sex.bondage. Il désigne désormais dans le monde, les repas organisés par les explorateurs des sphères sensuelles du BDSM et du fétichisme pour échanger (entre autres) leurs réflexions, et techniques de stimulations sensuelles. L’un des fondateurs des Munchs de San Francisco – un super geek spécialiste d’informatique – avait d’ailleurs participé à une des dernières munchs parisiennes. L’arborescence alt de usenet avait été créée en réaction à une tentative de censure de l’internet qu’on a appelé « Backbone Cabal ». La thématique du repas sera « Les mots pour le dire ».

Le festival dématérialisé de Science-Fiction aura lieu les 25 et 26 Mai 2013 pendant le festival Geekopolis

Dimanche 17 février • Musées et cités des Geek

14h : Modélisation NøøMuseum.

Je prépare avec Unity3d les nøøgaleries pour le Séminaire Cycle Muséologie 2.0 du 20 mars (Digital Studies / Metadata studies : les enjeux de la contribution). Le NøøMuseum fera escale au Centre Georges Pompidou pour le séminaire de l’IRI où je ferai une démonstration de pilotage de NøøScaphe adaptée à l’enseignement, pour des applications de type E-Learning.

15h / 17h  / 20 h : Chantier cyberspatial

Immersion NøøSphérique et visite guidée d’avatars du chantier du « Premier Festival de SF virtuel après la fin du monde ». Assisté de Dyl Alter, je piloterai le public sur le chantier virtuel du festival, à la rencontre des différentes galeries dédiées aux auteurs et artistes de la science-fiction francophone exposés. En effet, le Festival de SF de Roanne en cours de dématérialisation est devenu « Le Premier Festival de SF Virtuel après la fin du monde » dont l'ouverture se fera en mai. Le chantier de ce festival dématérialisé dans le cyberespace est déja accessible au public.

Trois escales du NøøMuseum dans la cité des Geeks à Montreuil :

1 → À la découverte de la NøøArchitecture.

Ouverture de la base cyberspatiale du Premier festival de SF virtuel après la fin du monde de Jo Taboulet, construite par les NøøArchitectes : Yann Minh, Cherry Manga, Christine Webster (sonification3d), Jenny Bihouise, Matthieu Walraet, Claude Yvans en orbite nøøstationnaire dans le firmament virtuel des mondes persistants des Øpensims de la Francogrid.

2 → Voyage dans la préhistoire et histoire de la cyberculture Geek.

Conférence immersive en vidéoprojection 3D temps réel à travers les galeries dématérialisées du musée virtuel du NøøMuseum à la rencontre des origines historiques et emblématiques de notre préhistoire Geek, suivie d'une démonstration de technologie 3D immersive détournant les jeux vidéo pour les adapter à un usage pédagogique de type serious game et E-Learning.

3 → Cybersexe et Teledildonique, un futur transhumaniste.

Dernière intervention à Geekopolis, je ferai visiter en 3D temps réel ma petite histoire du cybersexe, depuis les olisbos préhistoriques, jusqu’aux avatars et au gender-bending dans les mondes persistants du cyberespace.