Go-Kart Mozart

Sous le feu des projecteurs comme jamais, Lawrence Hayward, l’ancien leader de Felt et de Denim, effectue ces jours-ci un retour gagnant : un film lui est consacré et il publie sous le nom de Go-Kart Mozart l’ahurissant « On The Hot Dog Streets », son meilleur album depuis « Denim On Ice » (1996).
On The Hot Dog Streets

« I live my life as if i was in a film » prévient Lawrence sur On The Hot Dog Streets, troisième album de Go-Kart Mozart, son dernier projet en date. Lawrence Hayward, dont (une partie de) la vie se joue réellement sur grand écran dans Lawrence Of Belgravia – l’excellent et troublant film (actuellement projeté un peu partout en Europe) réalisé par Paul Kelly – verrait-il ses rêves de grandeur enfin exaucés, alors même qu’il brise un silence discographique de sept années, des années rongées par la came, la précarité et les galères diverses. Celui qui fut élevé au rang de héros avec Felt, qui vit ses espérances déçues avec le pourtant étincelant projet Denim, est toujours debout et il porte ses ambitions de démesure pop avec un enthousiasme retrouvé.

On The Hot Dog Streets s’avère un album profondément enraciné en terre d'Angleterre – on pense souvent à un croisement inouï entre le glam famélique de Staveley Makepeace et les hymnes scandés par Andrew Weatherall sur l’immense A Pox On The Pioneers – mais il lorgne également de temps à autre vers l’Allemagne, en particulier celle de Kraftwerk. Lorsqu’ils ne sont pas carrément inénarrables, la plupart des morceaux jouent sur le registre sentimental ou le commentaire social que l’auteur choisit, selon l’humeur, d’aborder avec gravité ou désinvolture. Débarrassé de toute trace d’auto-apitoiement, il se livre ainsi au fil de chansons légères et lumineuses – le disque regorge de mélodies crampon, de synthétiseurs cheap, de boîtes à rythmes vétustes, de chœurs virils ou de chants d’enfant – qui s’avèrent toutefois plus profondes lorsqu’on y regarde de près.

Dans un monde idéal, le sémillant Retro-Glancing, avec son intro à faire pâlir de jalousie New Order, serait un hit planétaire. White Stilettos In The Sand dévoile un Lawrence vocalement plus teigneux que jamais, débitant sur un phrasé punkoïde des vacheries que lui seul tient pour vérités absolues. Blowin’ In A Secular Breeze prend des allures de classique pop instantané tandis que I Talk With Robot Voice assène des paroles à la fois désopilantes et désenchantées : « I don’t want any girl to hurt me anymore / I’m sick and tired of their abuse / Yet I admit I’m still susceptible to vagina allure ».

Avec une désarmante sincérité, doublée d’une sauvage impudeur, l’Anglais délivre un album d’une richesse incroyable : une véritable odyssée de « novelty rock » – c’est Lawrence lui-même qui exige le plus sérieusement du monde (il excelle dans cet exercice consistant à développer des concepts loufoques à l’adresse des journalistes) que l’on nomme ainsi le genre dont il est l’inventeur autoproclamé. Dont acte.

Frédéric Foreau

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En collaboration avec mouvement.net