L'agenda de Clotilde Floret de We are Enfant Terrible

Pour remporter le titre « d'indigné presque parfait », je vous propose, en cette semaine du 13 au 19 février, une sortie politico-culturelle par jour. Éveil des sens et des consciences, avec au menu : lecture dinatoire, théâtre sauce aigre-douce, farandole de concerts et ciné noir.

LUNDI 13 FÉVRIER // MAROC / Tassoultante

Dar al-Ma’mûn est un Centre international de résidences artistiques, situé à 14 kilomètres de Marrakech dans le village de Tassoultante (vallée de l’Ourika). Il a été créé par une bande de trentenaires européens et marocains, passionnés d'art contemporain et assez brillants pour convaincre un hôtel de luxe d'être mécène d'un projet culturel à vocation humanitaire.

Le projet s’affirme comme une plateforme culturelle ayant pour vocation d’apporter un soutien à la création en arts visuels et littéraires, et ainsi favoriser la promotion de l’identité culturelle marocaine et africaine au-delà des frontières en œuvrant aux échanges interculturels. On trouve donc, entre autres, une des bibliothèques les plus fournies du pays, une école où sont dispensés des cours gratuits de lecture et d'écriture mais aussi, en parallèle, le centre WAT PHO où des masseurs viennent se former aux techniques traditionnelles et spirituelles de massage thaïlandais.

Après avoir discuté géo-politique avec un vidéaste suédois en résidence, on peut aller s'allonger au milieu des orangers pour écouter des auteurs marocains faire des lectures publiques.

De quoi se détendre en vue d'affronter les âneries commerciales de la Saint Valentin du lendemain.

Au moins j'aurais laissé un beau cadavre (adaptation de Hamlet par Vincent Macaigne)

MARDI 14 FÉVRIER // VALENCIENNES / THEATRE LE PHENIX 

En ce jour de fête des amoureux, quoi de mieux qu'un peu de Shakespeare pour raviver la flamme ?

Qui plus est, dans l'un des plus beaux théâtres du Nord de la France. « Un pamphlet sur l’art et la culture » annonce Vincent Macaigne. S’il reprend Hamlet, chef-d’œuvre emblématique d’un certain amour du théâtre, c’est pour combattre l’académisation d’un dramaturge débordant de vie, et repartir de sa force de soulèvement. Vincent Macaigne relit Hamlet avec d’autres auteurs (Sénèque, Nietzsche), associant le royaume pourri d’Elseneur au « monde trouble sorti de la Seconde Guerre mondiale, un monde où la chair et la violence sont recluses », un monde qui s’asphyxie en nous étouffant.

Selon lui, Hamlet se retourne contre sa propre génération, soumise et lâche. Cela pourrait être un étudiant exalté dans une fac où l’on n’étudie plus rien, pour se former professionnellement à devenir efficacement soumis. Le théâtre de Vincent Macaigne, tout de bruit et de fureur, viscéral, presque à mains nues, exalte la colère d’Hamlet devant ce qui est fait à l’existence. Comme ce « théâtre dans le théâtre » qu’Hamlet fourbit contre le couple royal, précipitant le royaume à sa perte (ce qui est déjà ça), Vincent Macaigne ébranle toute distance entre l’art et la vie.

MERCREDI 15 FÉVRIER // PARIS / LA FLÈCHE D'OR 

À la fin du siècle dernier, le cours de la viande de porc s’effondre pour atteindre le plancher fatidique de quatre francs le kilo – ce prix s’entend pour un jambon de qualité label négocié hors taxes à l’abattoir.

Face à cette situation, une poignée de musiciens américano-grolandais tous passionnés de charcuterie décide de réagir. Il y a en effet quelque chose de pourri au royaume de la charcuterie, le concert des Producteurs de Porcs (LE groupe officiel de GROLAND, qui a pris la décision radicale de ne jouer QUE dans des fêtes et QUE des reprises) est un pamphlet sur le lard et la culture.

Nuit de Rêve, album de SCRATCH MASSIVE

JEUDI 16 FÉVRIER // PARIS / POINT ÉPHÉMÈRE

Ardents défenseurs de la nuit parisienne, les SCRATCH MASSIVE fêtent la sortie de leur nouvel album lors d'une nuit de rêve où se mêlent les icônes de plusieurs générations. De Jimmy Somerville, fervent militant de la cause gay à la voix perçante comme une sirène lors d'une manif act-up, à KOUDLAM, auteur des fabuleux « Alcoholic Hymns », les invités de cette soirée nous laissent présager une belle nuit de rêverie electro punk, comme une veille de lendemain de cuite où tout est encore permis.

Affiche Teddy Awards 2012

VENDREDI 17 FÉVRIER // BERLIN / HAUPTHALLE

J'ai toujours voulu assister au Festival International du Film de Berlin, parader sur le tapis rouge jusqu'à la remise du fameux Ours d'Or de Berlin. Mais on ne m'a jamais invitée. Alors, je me rabats sur une cérémonie moins officielle mais bien plus délicieuse : la remise de l'Ours en Peluche de Berlin, soit les Teddy Awards, festival du film gay, queer et lesbien. Entre films engagés, DJ sets et performances d'artistes et musiciens comme Peaches ou Stereo Total, ce festival est une vraie leçon de tolérance et de chaleur humaine pour réchauffer le rude hiver allemand.

Repo man film 1984

SAMEDI 18 FÉVRIER // ALLEMAGNE / WIESBADEN

Quite à être en Allemagne, j'amortirai le prix d'achat de ma chapka doublée polaire en allant de Berlin à Wiesbaden, au bar SABOT. Grand comme une boîte à chaussures, ce club ouvert dans une ancienne boucherie de Wiesbaden est tenu par trois amis gauchistes anti-nazis, anti-sexistes, anti-homophobes, anti-racistes... Bref anti-tout si on en croit leurs tatouages, mais certainement pas anti bonne humeur et bonne musique. On peut y boire une bière citron vert ou siroter un cola-mate en refaisant le monde sur fond de musique electro hardcore.
Wunderbar!!

Nuit#1 Anne Émond

DIMANCHE 19 FÉVRIER // CANADA / RIMOUSKI

Bon, certes c'est dimanche, et on a envie de relâcher toute cette pression d'une semaine bien remplie. Alors on s'autorise un film, mais un film torturé et forcément projetté dans un cinéma libertaire et contestataire.

Cinéma Quatre est un organisme à but non lucratif qui diffuse du cinéma d’auteur sur grand écran depuis plus de 35 ans avec pour but de faire connaître des œuvres récentes reconnues au plan international. Bref, un cinéma de vieux hippies où on peut boire et fumer et regarder des films de cul à prétexte intellectuel.

Ce soir, on privilégiera le cinéma québécois avec NUIT #1, un film de Anne Emond sur les états d'âme d'un couple de jeunes trentenaires, réunis pour une nuit de baise. Un huis clos fort et dérangeant sur « le mal de vivre propre à la jeunesse de toutes les époques, et pas seulement celle d'aujour­d'hui. À la différence que la génération Y doit composer avec une liberté sexuelle qui laisse le cœur sec, et une incapacité à trouver sa place dans un monde en pleine mouvance. » C'est l'auteure qui le dit.

En attendant, nous on pense déjà au lundi qui suit. Bonne semaine !