London's still burning !

L’histoire se situe à Londres mais pas à un mot ou presque de la capitale britannique : il s'agit de London, son homonyme canadien dans l'Ontario, patrie du NIHILIST SPASM BAND. Considéré comme LE premier groupe de noise, ce groupe d’énergumènes-gentlemen fait toujours du bruit 45 ans après sa création...
«On n'y connaissait rien. Alors c'est sûr qu'on ne pouvait pas faire les choses bien...mais on ne pouvait pas les faire mal non plus.» John Boyle
NIHILIST SPASM BAND aujourd’hui. Photo: D.R.

En avril 1966, le NSB donne son premier concert. Peut-être un lundi. C’est en tout cas ce jour-là qu’ils choisissent pour se retrouver et jouer, toutes les semaines, sans qu’il y ait à trancher entre la session de répétition ou le concert : c’est toujours une performance, l’atmosphère est détendue et le public bienvenu. 

Quarante-cinq ans après, le rendez-vous tient toujours et on peut y écouter John Boyle, John Clement, Bill Exley, Murray Favro et Art Pratten. Seuls changements depuis les origines : Aya Onishi (issue de la scène noise d’Osaka qui gravite autour du label d’Alchemy) est l’invitée permanente du NSB alors que Greg Curnoe (décédé lors d’une tragique randonnée cyclotouristique en 1992), Hugh McIntyre (décédé d’un arrêt cardiaque en 2004) et Archie Leitch (retraité permanent depuis 1969 et exilé à Toronto)  « jouent un peu moins souvent », selon les autres membres du groupe.
C’est la régularité même de ce rendez-vous qui est, d’après eux, la raison principale de leur exceptionnelle longévité : leur seule ambition, en tant que groupe, les emmène au lundi suivant…et, une fois l’an, au Nihilist Picnic, la manifestation publique, bucolique et parodique du Parti Nihiliste du Canada. Au cours de ces réunions, ou lors de la mise en œuvre d’autres projets qui oscillent également entre la parodie et le sérieux (la Nihilist Lacrosse Team, les galeries d’art coopératives ou le magazine littéraire 20 Cents), les membres du NSB et leurs proches dessinent les contours d’une société parallèle bien vivante.
Pas d’autre solution pour survivre dans le sud-ouest de l’Ontario, plutôt conservateur. No Means No, mais ce nihilisme-là refuse surtout, avec humour, l’ennui et s’offre le luxe de construire un Londonian Way of Life. Une sorte de farce collective, réalisée très sérieusement.
Le logo "Canada's official music Team" 

NOTHING IS FOREVER

 

C’est tout logiquement sous le titre de « NO RECORD » qu’est publié leur premier album en 1968. Si leur musique est déjà qualifiée de noise, c’est loin d’être un compliment ou une tentative de classification. C’est juste une accusation dénigrante ; un animateur d’émission de radio est même renvoyé pour avoir diffusé leur musique à l’antenne...
Ils sont pourtant sélectionnés, en 1969, par le gouvernement canadien pour représenter leur pays lors de la Biennale des Jeunes Artistes de Paris. Ils se rendent pour la première fois en Europe (Paris donc mais également Londres) vêtus de vestes qu’ils ont décorées d’un logo « Canada's Official Music Team ». Pied de nez parfait pour jouer live le premier titre de leur premier disque : « Destroy the Nations ». Ils ne reviendront en Europe qu’en 2004.
Entre les deux, il faudra attendre 27 ans pour que le NSB quitte à nouveau le Canada. En 1996 (puis en 1999), ils sont invités au Japon par Jojo Hiroshige, leader de Hijokaidan et boss du label Alchemy (fan de la première heure, il a publié et ré-édité sept de leurs disques). Ils y sont accueillis en pères fondateurs de la noise tout en restant très surpris par les pratiques musicales de la scène japanoise, étrangers qu’ils sont aux accents colériques, angoissés et destructeurs des déferlantes électroniques.
Pour la première fois, ils jouent devant des salles enthousiastes et pleines de fans qui connaissent leurs textes par cœur (seule entorse au principe d’improvisation totale, les textes de Bill Exley sont écrits et fixés) et se retrouvent même invités sur le plateau d’une émission de variétés.
Si c’est au Japon que le NSB a pu vivre son statut de groupe culte, ce phénomène est bien plus large et on ne compte plus les références au NSB de la part des musiciens du monde entier. Les notes de pochettes du premier disque de Nurse With Wound (celui avec LA liste) leur sont dédicacées et de l’indie-rock aux musiques industrielles en passant par l’improv et bien évidemment la noise, de nombreux musiciens affirment leurs affinités avec le NSB : Thurston Moore et Lee Ranaldo (Sonic Youth), Alexander Hacke (Einstürzende Neubauten), Peter Conheim (Negativeland), Carlos Giffoni, Sun Plexus,  Peter Buck et Mike Mills (R.E.M.), pour n’en citer que quelques-uns.
Le NSB en concert-répétition

NO NOTHING

 

Touchés par l’accueil reçu hors de leurs frontières (ils ont aussi été invités aux Etats-Unis en 1997) et, en bons gentlemen pressés de rendre l’invitation, l’idée leur vient de créer le NO MUSIC FESTIVAL à London, symposium joyeux des diverses musiques libres qui peuvent se regrouper sous le terme de noise. A partir de 1998 et avec l’aide de Ben Portis, ils produisent six éditions (dont une au Tonic à New-York) où seront accueillis des artistes comme Voice Crack, Borbetomagus, Aube, Incapacitants, Fred Van Hove, Jim’ORourke, Reynols, Wolf Eyes, Guilty Connector, etc. Avec en prime l’idée de laisser une scène ouverte pour des rencontres de fin de soirées où tous les coups sont permis.
London, Ontario est définitivement posé sur la carte des musiques joyeusement foutraques et la reconnaissance venue de l’extérieur permet à une nouvelle génération d’auditeurs de s’intéresser à la musique du NSB.
«On n'est pas en train de délivrer un grand message ni de mener une croisade avant-gardiste.» Hugh McIntyre

Aujourd'hui, reste une approche unique de la musique, une liberté qui donne au son chaotique du NSB un caractère définitivement plus primitif que tribal. Reste aussi une approche unique de la vie d’un groupe : formé de non-musiciens, le NSB regroupe des individus aux fortes personnalités, pour qui cette activité est primordiale sans être le centre de leur vie. Ni hobby, ni passe-temps, le NSB est un groupe d’humanistes empiriques, de non professionnels pratiquants avec ferveur et bonheur, d’hédonistes bruyants. Formé à la même époque que des ensembles piliers de la musique expérimentale tels que AMM ou Musica Electronica Viva, le NSB a fait le choix de ne pas théoriser son approche, n’ayant pas d’autres ambitions que le plaisir de jouer ensemble ; un geste aussi musical que social, au cœur de ce qui pourrait être considéré, au bout du compte, comme la musique folklorique des autochtones de London, Ontario. 

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