Marie Vermeulin

Jeune pianiste française très talentueuse, Marie Vermeulin entretient une relation passionnée avec la musique d’Oliver Messiaen, dont elle offre une interprétation d’une lumineuse sensibilité avec son premier disque monographique, intitulé « Préludes, Regards & Esquisses ».
« Préludes, Regards & Esquisses »

Ça y est, c’est officiel, Olivier Messiaen fait désormais partie du répertoire : des musiciens qui ne l’ont pas connu personnellement — ni lui ni son épouse, Yvonne Loriod, qui fut aussi longtemps l’une de ses interprètes privilégiées —, des musiciens qui étaient à peine nés quand il est mort, en 1992, l’interprètent et l’enregistrent. Jouer Messiaen s’inscrit à présent dans une tradition d’interprétation. En termes d’héritage, Marie Vermeulin a été à excellente école, la meilleure peut-être : celle de Roger Muraro, l’une des références pianistiques lorsqu’il s’agit de Messiaen. Avec ce premier disque monographique, intitulé Préludes, regards & esquisses, la jeune pianiste nous offre un programme vaste, qui couvre toute la vie créatrice du compositeur, et en décline trois des facettes essentielles.

Respectueuse de la chronologie, Marie Vermeulin s’empare d’abord d’une œuvre de jeunesse : les Huit Préludes (1928-1929). Si on y entend avant tout un jeune homme de 20 ans littéralement fasciné par le piano de Debussy (lequel est mort à peine dix ans plus tôt), on y devine déjà le compositeur du son/couleur – ce même compositeur qui expliquera plus tard son approche de l’harmonie en évoquant une forme de synesthésie associant une couleur à un accord. C’est l’occasion pour Marie Vermeulin de faire montre de ses indéniables affinités avec l’impressionnisme français : son toucher de velours fait « oublier les marteaux », comme aurait dit Debussy, et ses phrasés inspirés font respirer les couleurs de chacun de ces tableaux aux titres éloquents : Chant d’Extase dans un Paysage Triste, Les Sons Impalpables du Rêve, Un Reflet dans le Vent… Viennent ensuite deux extraits d’un monument de la musique religieuse de Messiaen : deux des Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus (1944) qui, bien que d’une sensualité un brin floue, soutiennent parfaitement la comparaison avec les références que sont par exemple les enregistrements de Pierre-Laurent Aimard ou de Roger Muraro.

Marie Vermeulin conclut son récital sur une (incontournable) note ornithologique, avec les Six Petites Esquisses d’Oiseaux. Composées entre 1985 et 1987, ces miniatures appartiennent à la dernière période du compositeur. On y entend à la fois la quintessence de l’univers harmonique de Messiaen et les  mouvements mélodiques et rythmiques des chants d’oiseaux, qu’il se plaisait à relever lors de ses promenades. La jeune pianiste y faire preuve d’une maturité confondante et impose un style lumineux et rutilant. Sa posture est celle de la projection d’un véritable discours sur ce tissu musical — pourtant conçu comme une succession de stases quasi gelées — qu’elle agite sans cesse de palpitations coruscantes. Cette vision, véritable souffle narratif fait de contrastes dynamiques d’une grande subtilité, dramatise ce qui ne l’est pas par essence et permet d’aller à l’essentiel : l’expression.

 

 

Jérémie Szpirglas

 

 

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En collaboration avec mouvement.net