Soso

De « Not For Nothing », le nouvel album du Canadien Soso, diffusé en France par l’excellent label clermontois Kütu Folk, s’écoule un dense flux verbal et instrumental, jaillissant de plusieurs sources musicales avec une limpide vivacité.
« Not For Nothing »

On reconnaît sans mal un album de Soso, jeune musicien originaire de Saskatoon au Canada, ayant déjà semé derrière lui une poignée de petits disques visionnaires, parus pour la plupart sur son propre label, Clothes Horses Records. Cela tient d’abord à cette atmosphère qui, grâce en particulier au soin apporté à la production, constitue un des principaux signes distinctifs du travail de Troy Gronsdahl (le véritable nom du garçon). Cela résulte ensuite de cette très louable ouverture d’esprit qui lui permet de mêler dans un même geste post-rock contemplatif, soul diaphane et hip-hop patraque. Cela s’explique encore par un travail remarquable sur les mélodies, les arrangements et les guitares.

Album d’une belle amplitude musicale, Not For Nothing s’apparente par ailleurs à un champ d’expérimentation vocal, qui traverse divers styles – le rap, le slam, le spoken-word, le chant – et abat allègrement les barrières. À dire vrai, aucune description ne saurait rendre tout à fait justice à ces mélopées brumeuses, ni témoigner de l’envergure d’un album épris d’aventure(s), évoquant les rêveries électriques de Godspeed You ! Black Emperor autant que le hip-hop anticonformiste du label américain Anticon, voire celui de Psykick Lyrikah, pour étendre les références jusqu’à la France.

Recueil de confessions d’un enfant du XXIe siècle, Not For Nothing se déroule à la façon d’un récit, d’où émane un désir palpable de faire corps avec son époque. Cela s’entend très bien sur l’envoûtant If I Ever Knew You, I Don’t Know You Now morceau au fil duquel Soso s’interroge sur la complexité de la vie, sonde ses failles tout en restant pudique dans l’introspection : « What is the distance between resignation and surrender? » (« Qu’est-ce qui sépare la résignation de l’abandon ? »).  Si, à l’instar des précédents, ce nouvel opus n’évite pas certaines longueurs (Choke, par exemple, peine à décoller et semble un tantinet linéaire), il trouve paradoxalement dans cette inconstance même, dans ce balancement permanent entre tension et rétention, un ton d’une justesse souvent saisissante.

 

 

Maxime Delcourt

 

 

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En collaboration avec mouvement.net