P comme Politique

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© Winter Soldier

Seizième lettre de l'abécédaire MOVING_IMAGE : politique.

Chaque mois, MOVING_IMAGE propose un éclairage critique et prospectif sur ce domaine aux frontières mouvantes, où convergent à la fois un questionnement esthétique, social et politique de notre époque, et des enjeux liés à l’évolution des modes de production et de diffusion. Transversales et ouvertes, les séances se déroulent en présence d'artistes invités qui parlent de leur travail et de leurs recherches, ainsi que d'intervenants qui apportent un regard singulier sur la séance.

Un cycle proposé par Nathalie Hénon et Jean-François Rettig.

Pour la seizième lettre de son abécédaire, MOVING_IMAGE propose un documentaire rare et radical, "Winter Soldier", réalisé par un collectif anonyme en 1972, un film qui « touche à la nécessité et à l’urgence de repenser la structure sociale et politique », selon les mots de Werner Schroeter qui était venu présenter ce film dans le cadre d’une carte blanche que Les Rencontres Internationales lui consacraient en 2009. Cette séance sera aussi un hommage à ce grand cinéaste, représentant majeur du Nouveau Cinéma Allemand, disparu en 2010. A l’issu de la projection de "Winter Soldier", un document vidéo de la présentation réalisée par Werner Schroeter en 2009 sera projeté. 

Winter Soldier

Documentaire, 16mm, couleur et n&b, 96', USA, 1972

"Winter Soldier" a été réalisé par un collectif anonyme de cinéastes qui a rassemblé cent neuf "anciens" soldats de la guerre du Vietnam dans un hôtel de Détroit du 31 janvier au 2 février 1971, à l’instigation de l’association Vietnam Veterans Against the War. "Winter Soldier" ne comporte ni commentaire ni effet de montage qui dramatise l'image de manière artificielle, mais l’abondance des témoignages est telle que sa vision ne laisse pas le spectateur indemne. Ce sont tout autant les faits racontés que leur nombre, leur cruauté et le visage angélique de leurs agents qui terrifient. Ce qui frappe aussi dans "Winter Soldier", c’est le contraste entre les atrocités que ces soldats d’une vingtaine d’années ont commises un ou deux ans auparavant, avec leur maturité, leur liberté verbale et leur sens de l’urgence politique. Il semble que, toute honte bue, ils aient à l’esprit la nécessité, alors que la guerre bat encore son plein, de rendre leur témoignage utile, et pour cela, de ne pas l’expurger.